Alexandre Kimenyi
   
NOUS NOUS SOUVENONS DE KAGAME

I. Prelude.

1.Nous nous souvenons de Kagame
Nous tous qui l’avons beaucoup aimé,
Vraiment admiré et estimé
Pour son amour toujours enflamé
A ranimer notre antiquité
Et nos valeurs d’authenticité,
A rallumer la vieille cendre
De nos afeux et nous la rendre
Rayonnant de bons exemples,
Par ces récits riches et amples
Récits fouillés de notre histoire
Relatant chaque fait notoire
Kagame l’écrivit brillamment
En soulignant tout grand élément.
Très soucieux de la vérité
Jamais pour plaire à l’autorité,
Il n’aurait pu être un faussaire,
Car il était toujours sincère.

2. Or si Kagame tant se distingua
Comme historien et poète,
C’est un peu grâce à son clan “musinga”
Dont les membres à chaque fête,
Régalaient bien la société
De quelque récit historique
Ou bien de certaine variété
Du patrimoine folklorique.
Les Basinga aèdes féaux
Et historiens officiels
Etaient de grands serviteurs royaux
Souvent même confidentiels.
Ainsi son legs traditionnel
Doublé de son souci personnel
Lui acquit incomparablement
Tout son immense amoncellement
De contes ou d’histoires réelles,
De coutumes en kyrielles,
De poèmes ésoteriques,
De bonnes fables “et coetera”.
Aussi fut-il le “nec plus ultra”
Des historiens sur le Rwanda.
Il eut même un special mandat
De recueillir nos traditions
Par d’innombrables auditions
De nos aèdes dynastiques
Et de nos griots fantastiques.

II. Les précurseurs et formateurs.

3.C’est que nos valeurs ancestrales
Restaient, pour la plupart orales,
Quoique plus d’un missionnaire
Voire de colon ordinaire
En eussent bien pas mal recueilli,
Dont les ouvrages n’ont pas vieilli.
Car Kagame eut des predecesseurs
Du Rwanda assez bons connoisseurs.
Certains ont été mes formateurs
Ou du moins ses initiateurs.
Nous vous citerons directement
Ceux qui firent notre enchantement,
Et que l’Auteur de ce poème
Put jadis connaitre lui-meme
Et parfois aider dans leurs écrits,
Bien qu’un nain face à ces grands esprits:
Soit après dix-neuf cent quarante
Du temps de ma soif dévorante
Pour l’étude et l’expérience
Auprès des gens pleins de science
Tels les Pères Schumacher et Cleire
Aux leçons toujours exemplaires
Ils me prirent avec Kagame
Comme premiers collaborateurs
Kagame s’y montra amateur
Et par eux fut plus vite formé.

4. Les Pères Pages et les Lecoindre
Qui avaient écrit avant eux
Des livres maintenant très coŭteux
Ne furent pas de valeur moindre;
Ou le Révérend Père Hurel,
Le gars au verbe d’un ménestrel
“Le petit Breton au mot vibrant,
Le rejeton plus grand que les grands”.
Par sa plume des plus françaises
Tant dans ses bonnes catéchèses
Que dans son clair Dictionnaire
Du Kinyarwanda ordinaire
Il justifia son beau surnom
Que certains tonnaient comme un canon
Par amicale taquinerie
Et non par méchante raillerie
Il écrivit, peut-on l’oublier?
Le premier glossaire publié
Sur notre dialecte indigène
Mais qu’Alexis tripla sans gêne
Bien mieux que le Père Schumacher
Dont l’oeuvre pourtant le consacre
Notre meilleur lexicographe
Qu’on nommait “La digne girage”
De la Noblesse autrichienne
Evoquant la patricienne
Ou bien la tutsi ancienne.

5. Kagame alla à son école
Dont l’instruction bénévole
Lui fut réellement utile
C’est que d’or et jamais futile
Etait le verbe de ce Père.
Dont la dignité était hors paire
C’est de lui que Kagame apprit
Comment composer avec esprit
Un Dictionnaire intéressant,
Fort instructif et nourrissant.
Le Dictionnaire Kagame
Dont le rédigé fut entamé
Voilà déjà plus de vingt six ans
Serait-il achevé à présent?
On dit qu’il n’a toujours pas paru,
Ainsi que certains l’avaient bien cru.

6. Voici ses autres prédécesseurs
Dans ce domaine les précurseurs:
D’entre eux citons le Père Ecomard
A la carrure d’un vieux hussard
Il fut des Pères Blancs le Visiteur
A écrire sur notre Pays
Des livres qui nous ont réjouis.
Le Père Delmas, le bordelais,
Généalogiste du Palais
Et de la Noblesse rwandaise.
Ce Père mit se bien chacun à l’aise
Que même la Noblesse menue
Etait de lui toujours soutenue.
Puis un Français chez nous passager,
Le Chanoine Louis de Lacger
Nous fignola sans baliverne
“Le Rwanda ancien et moderne”
Durant La Grande Dernière
A la fin de sa Carrière
De professeur à la Sorbonne
Grâce au voeu de Monseigneur Classe
Il nous écrivit à sa place
Son chant de cygne ou la couronne
De ses beaux livres d’historien
Au style tranché et voltairien.

7. Surtout le Père “Busigereti”
(Van Overschelde) qui était petit
De taille mais grand d’intelligence
Promut de Kagame l’émergence
Sur tous les autres Séminaristes
Par des moyens particularistes.
Ayant en lui décelé un génie
Il l’instruisit sans parcimonie
Et en fit un humaniste achevé
Et certainement le plus cultivé
De notre siècle dans nos coutumes
Qu’il nous légua dans tant de voulumes.
Surtout dans les sciences humaines
Il fut l’un des rares phénomènes
Eduqués au Petit Séminaire
Par ce Préfet extra-ordinaire.
Enfin plus tard au Grand Séminaire
Bien plus encore spécialisé
Plus méthodique et mieux organisé
Grâce au Savant Père Richard Cleire
Si minutieux, si exemplaire
Parmi les chercheurs africanistes
Autant que d’entre les humanistes.

8. Enfin le bon Monseigneur Classe
Qui certes alors les dépasse
De sa très sage expérience
Qui capta notre confiance.
Aussi fut-il le vrai mécène
Dont l’égide fut sûre et saine
Pour recueillir nos traditions
Par de diverses auditions.
Et c’est comme leur mécène
Qu’il aide plus d’une douzaine
Soit d’essayistes, soit d’écrivains.
C’est pourquoi aussi Kagame vint
S’instruire auprès de ce sage
Et murit son apprentissage
Sous son égide compétente,
Sérieuse et exaltante.

III. Kagame, le génie & inégalable travailleur.

9. Tels sont donc ses grands prédécesseurs
Dont certains furent ses professeurs
Glaneurs de nos faits historiques,
Réels ou fantasmagoriques.
Vite Kagame à cette école
Fut un Pic de la Mirandole.
Sa mémoire prodigieuse
Et son activité studieuse
Le rendirent le plus éminent
Historien de ce continent
Si Kagame fut historien,
Il fut aussi un grammairien.
Il fut encore littérateur,
Poète essayiste et traducteur,
Journaliste de première heure,
D’une valeur supérieure
Philosophe et anthropologue
Sociologue et pédagogue.
Il fut prêtre et politicien
Théologien, logicien,
Il fut un nationaliste
Mais en restant très réaliste
Je veux dire: le plus possible
Dans la voie juste et admissible.
Il ne fut pas “un primairien”
Ni un pauvre génie terrien
Il fut réellement un génie
D’une puissance vraiment bénie.

10. Certains verraient dans l’historien
Comme un faussaire voltarien
Qui vous invente la vérité
Sinon en toute sincérité
Du moins par réelle ignorance
Ou bien par erreur d’incohérence,
Qui juge d’après son optique
Et tant d’événements vous fabrique.
Or le devoir de l’historien-
Sinon son récit ne vaut rien-
N’est nullement de créer le vrai,
Mais de le séparer de l’ivraie,
Ou de le sortir du nuage
Qui le cèle sous son mirage
C’est que la vérité éblouit.
Lorsqu’elle ne git pas dans la nuit.

11. Or Kagame aima tant le vrai
Qu’aucun ne l’a autant délivré
De l’obscurité ancestrale
Ou de la léthargie aurorale.
Il s’en trouva récompensé
Et ne fut pas décontenancé
Par les nécessaires difficultés
D’un chevalier de la plume
Qui veut fignoler son volume.
C’est qu’en outr de ses facultés
De remarquable intelligence
Il concentrait sa diligence
A bien se discipliner lui-même
Sans pourtant en faire un problème.
Parfois j’ai dit qu’il était têtu,
Je crois qu’il le fut par vertu.
Car en homme de caractère
Il était tellement volontaire
Qu’il adhérait toujours fermement
Aux dictats de son raisonnement
Sans songer qu’il pût se tromper.
C’est pourquoi l’on a pu l’inculper
D’orgueilleuse opiniâtreté
Voire d’aveugle naïveté.

12. Mais qui donc à ceci échappa:
Quand l’esprit humain ne comprend pas
Sa révolte est bien naturelle.
Dès lors l’un L’autre l’on se querelle.
Et c’est par incompréhension
Ou par défaut de réflexion
Avec son ami ou congénère:
Et c’est plus par ignorance avérée
Que par la méchanceté éclairée
Que l’homme pèche généralement
Car l’homme est bon de tempérament.
Et bon Kagame le fut toujours
Tout comme ardent était amour
Pour ce qui honore l’Afrique,
Notamment tout fait historique,
Coutumier ou poétique
Philosophique ou bien éthique.
Tout ce qui touche l’homme africain
Ne pouvait lui paraître mesquin.
Et s’il était rationaliste
Il n’était nullement simpliste.
Aussi ne fut-il jamais Chauvin
Et son avis fut rarement vain.
Kagame eut l’âme patriote
Mais il n’en fit pas sa marotte.
C’est qu’il était bon catholique
C’était de sa foi sans réplique.
Aussi chez lui la surnature
Primait tout acquis de culture.
Cependant il restait tres humain
Et se maintint dans le droit chemin
Quand par la force de son savoir
On voulait lui donner un devoir
Incompatible avec sa foi à lui
Il le déclinait malgré l’ennui
Qui résulterait de son refus
Sans qu’il en fût pour autant confus.

13. En partie son érudition
Lui vint de la bénédiction
De ses chefs ecclésiastiques.
Les facilités fantastiques
Que toujours ils lui accordèrent
Non seulement fort l’y aidèrent
Et moralement l’y forcèrent
Mais très souvent l’y obligèrent.
Il fut lesté du ministère
Et sa chambre fut son monastère
Qu’il n’ouvrait qu’à ses informateurs
Ses chefs et ses collaborateurs.
Travaillant comme un bollandiste
Il fut notre encylopédiste
Pour notre antiquité profane
Dont il recueillit jusqu’aux mânes
Tout prêtre catholique qu’il fut.
Il était constamment à l’affût
De nos réalites antiques
Même profanes ou mythiques.
Disons qu’il fut l’Erasme rwandais,
Moins célèbre que le hollandais,
Mais non moins réel humaniste.
Bien plus à la fois africaniste
Kagame lui dame le pion
Du moins reste-t-il le champion
De nos historiens africains
Et d’autres auteurs de nos bouquins.

14. Enfin sa grande compétence
En fit tot l’homme d’importance
Nécessaire à l’information
Et lui valut l’obligation
D’éclairer le politicien
Et l’honorable patricien
Qu’on nomme de nos temps député
Soit un représentant réputé
Qui fait les lois et doit y veiller
Kagame devint le conseiller
Du Capitaine et de sa barque
Soit l’ami de notre monarque.
Grâce à son savoir supérieur,
Il devint vraiment le Grand Monsieur
Dans la politique, consulté.
Et on lui donna la faculté
De pénétrer les secrets d’Etat
Mais non sans meilleur résultat.
Pourtant les jaloux et critiqueurs
Voyaient très mal que ce chroniqueur
Fut le conseiller de notre roi
Et l’accusèrent du désarroi
De notre Mwami et de sa Cour
Et de leur abandon de toujours
Contrer les brimades de tuteur,
Cet intéressé dominateur.

15. Le roi Mutara Rudahigwa
Aurait eu des idées des guignois
A cause de certains conseillers
Qui l’empechèrent de batailler
Et de ne pas se laisser tuer
En superstitieuse holocauste
Et en vain abandon de son poste.
N’aurait-il pas dû s’évertuer
A résister à son meurtrier?
On lui confère le laurier
Du libérateur volontaire.
Sa mort fut-elle salutaire?
Si le Mwami n’a pas réussi
Ce fut malgré l’Abbé Alexis,
Qui lui fut un très bon conseiller
Bien que sur lui il ne pût veiller,
Et notamment n’a pu le sauver
Ni surtout au Rwanda conserver
Son bon régime monarchique
Ni sa Noblesse magnifique
Ni ses apanages les meilleurs.
Mais qui en furent les torpilleurs?
Certains inculpent les grands Seigneurs
Ou favoris, premiers conseillers
Du Mwami ou ses fins flagorneurs,
De ses actions les gouverneurs…

16. Mais en fait autre est la vérité:
C’est en vue de sa sécurité,
Que le tuteur s’en prit aux tutsi
Qu’à les écarter il réussit
Pour constamment rester au Rwanda
Tout d’abord sous Kayibanda
Sa créature sanguinaire,
Puis sous le grand Habyarimana
Dont l’esprt sensé et débonaire
Arrache aux Rwandais un fol hosanna
Si la diaspora et l’exil
Nous firent passer dans maint péril
Où beaucoup de nous decédèrent,
Nos frères Abbès décidèrent,
De demeurer dans notre Pays
Sans que certes ils nous aient trahis.
Car le prêtre est pour tout le monde,
Sinon sa vie n’est plus féconde.
C’est ainsi que Kagame resta,
Qu’il est parvenu “ad augusta”
Comme tout heros “per angusta”.

IV. Conclusion

17. Mais que devons-nous de plus dire?
Il nous faudrait une vraie lyre
Pour chanter ce digne fils rwandais,
Aux ouvrages nullement dedais,
Mais plutôt profonds et sérieux,
Très copieux et minutieux.
Entre temps ayons un souvenir
Pour ce grand géant de nos géants
Dont l’autorité dans l’avenir
Ne pourra connaître le néant.
Concluons par ces chronogrammes
Ou expressions de nos âmes,
Notre éloge à l’Abbé Kagame
Universellement estimé
Et qui restera toujours béni
Pour son legs immense et infini.

CHRONOGRAMMES EN SON HONNEUR...

1.CARE ALEXIS KAGAME = 1161
INSIGNIS SCRIPTOR RWANDENSIS = 615
INTEGRA IN PACE REQUIESCE = +208
Total 1984

2. SITI AFFLICTI AMICI TUI = 1158
E PONTIBUS TUIS DIVITIBUS = 523
NECTAPA UBERA VERE BIBUNT = 116
PLURIBUSQUE VICIBUS IBI = 168
EXHAURIUNT = +19
Total 1984

NKONGORI NGOGA
C/O KAJANGWE MUZIMA
B.P. 197
KINSHASA 1.